Painting by Rembrandt: "The Generous Coats-Givers".
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Note 1, Un vrai Romain : Digne pendant du "Hérode le Piteux" de Méssadié, (voir 'le petit rat'), voici "Pilate la Trouille" : "Ponce Pilate est un froussard. Il craint de commettre une injustice; il craint de mécontenter sa femme; il craint de mécontenter ses ennemis, mais, en même temps, il craint de mettre Jésus en sûreté, il craint de faire disperser par les soldats ce troupeau grognant et arrogant, il craint de libérer, par décision impériale, Jésus l'innocent et non Barrabas, l'assassin. Un vrai Romain, un Romain à l'antique, de bonne race, aurait... Pilate, à force de stratagèmes, de délais, d'interrogations indolentes, de demi-mesures et demi-mots, d'hésitations, de décisions mal calculées et embarrassées, de gestes mal exécutés, se voit lentement précipité là où il ne désirait pas tomber..." Déductions par auteur plus franciscain que François d'Assise, Pipant, "Histoire du Christ", pages 266-267. (Mais ce qu'ils en savent, nos Théophiles ! qui peut bien les renseigner ?).
Note 2, Flagellation privée Bonne remarque, mais classique : les synoptiques "ne disent nulle part que cette flagellation eut lieu; elle est simplement suggérée par Pilate; selon Jean, elle se place avant la sortie de Jésus... Nous ne possédons pas de témoignage unanime... Peut-être que les synoptiques en particulier essaient de conformer leur récit à des prophéties et il n'en existait pas pour la flagellation..." Méssadié, page 256. Mais certain conteur organise une véritable cérémonie : "Toute une compagnie fut réunie dans la cour du palais, on lui enleva le manteau blanc offert par Hérode -c'est la première dépouille- et ensuite les autres vêtements..." Pipant, Histoire de Jésus, 1921.
RENAN, "Vie de Jésus", Gallimard : Pilate, "hésitant encore à répandre le sang pour satisfaire des gens qu'il détestait, voulut TOURNER LA CHOSE EN COMEDIE (Loisy reprendra cette idée). Alors eut lieu, selon tous les récits, une scène révoltante. Des soldats mirent sur le dos de Jésus une casaque rouge, sur sa tête une couronne formée de branches épineuses, et un roseau dans sa main. On l'amena ainsi affublé sur la tribune, en face du peuple. Les soldats défilaient devant lui, le souffletaient tour à tour, et disaient en s'agenouillant : "Salut, roi des Juifs." D'autres crachaient sur lui et frappaient sa tête avec le roseau. On comprend difficilement que la gravité romaine se soit prêtée à des actes aussi honteux. Il est vrai que Pilote, en qualité de procurateur, n'avait guère sous ses ordres que des troupes auxiliaires. Des citoyens romains, comme étaient les légionnaires, ne fussent pas descendus à de telles indignités., pages 390-391.
DANIEL-ROPS : "C'était l'aube, précise saint Jean. Si on admet la date du 7 avril, 5h. 52. Heure singulière pour faire comparaître un inculpé devant un haut fonctionnaire; mais on le sait, les Romains se levaient tôt...", "Jésus en son temps", page 423. (Et comme les Juifs se couchaient tard, Daniel le sait bien sûr, l'arrestation eut lieu aux chandelles. Mais si un historien n'est pas capable de faire un rapprochement entre deux faits si rapprochés, il mérite le Nobel Vatican !) "Saint Jean, beaucoup plus précis que les Synoptiques, a permis une localisation de la scène (le jugement au Prétoire), qui grâce à d'extraordinaires découvertes archéologiques, est aujourd'hui une des scènes les mieux connues de la vie de Jésus...", page 423. (Décidément, ce Jean est un curieux Gauliléen).
GIRARD, "Le Bouc Emissaire", Grasset 1982 : Pilate "affirme : Je ne vois pas de cause après avoir interrogé Jésus. Pilate n'est pas encore influencé par la foule et c'est le juge en lui, c'est l'incarnation du droit romain, de la rationalité légale,..." page 157. "Les Evangiles attribuent à Pilate une volonté de résistance au verdict de la foule. Est-ce pour le rendre plus sympathique... Pilate rejoint, somme toute, la meute des persécuteurs. Il ne s'agit donc pas non plus de faire la "psychologie" de Pilate... Pilate, cependant, n'a pas d'intérêts véritables dans l'affaire. Jésus ne compte pour rien à ses yeux. C'est un personnage trop insignifiant pour qu'un esprit le moins du monde politique puisse courir le risque d'une émeute... La décision de Pilate... la subordination du souverain à la foule,... la mécanique du bouc émissaire." page 159.
Note 3 : la "Visitation" à Kisling Hérode : Chaque auteur suit son inspiration :Pourquoi Pilate abandonne le "Galiléen" à Hérode, si ce dernier ne peut juger à Jérusalem ? "pour lui jouer un tour parce qu'ils ne s'aimaient pas". Variante Guillemin, "L'affaire Jésus", Seuil, page 62 : "Le cas du Nazaréen relève donc d'Antipas... Trop heureux de cette circonstance et ravi de son idée, Pilate fait remettre le prisonnier à la discrétion du tétrarque..." Mais Hérode ne veut rien savoir. Alors explication "a franciscana" : "Antipas avait gardé un souvenir de cet assassinat du Baptiste, un homme qui l'intéressait, le troublait - auquel il a consenti pour plaire à Salomé, (quel âge, ta Salomé ?). Une nouvelle exécution ? Antipas y répugne et, cette fois, Hérodiade le laisse en paix..." (Ce livre a au moins le mérite d'annoncer la couleur, page 25 : "Il est indécent, pour ne pas dire criminel, en France, de se risquer à des propos trop dénudants, sur Napoléon Bonaparte, joyau avec Louis XIV, du patrimoine national. Ainsi la vérité sur le Goulag... Tout pareillement l'exégèse catholique doit-elle fuir certaines directions de recherches qui pourraient induire le fidèle à des interrogations malséantes...")
Note 4, liste privée des invités : Bonne remarque, mais connue : "des femmes et certains partisans de Jésus assez courageux pour défier le sanhédrin..." Méssadié page 262, qui déduit également que Marie de Cléophas aurait été parente d'Hérode. Et tout se termine par un "enterrement" très privé : "Heureusement, il y avait une tombe disponible tout près du jardin (privé) où la crucifixion (privée) avait eu lieu. Elle fut utilisée comme tombe temporaire pour le maître. Ni Joseph ni Nicodème ne se doutaient combien elle serait temporaire." (Avis personnel de l'auteur. John Marsh, "Saint John", page 622, Pelican). Pourquoi perdre une occasion d'hypothèse ? qui explique tant d'attitudes bizarres. Je préfère Matthieu 27,59-61 : "Joseph prit donc le corps, le roula dans un linceul propre et le mit dans LE TOMBEAU NEUF QU'IL S'ETAIT FAIT TAILLER DANS LE ROC; puis il roula une grande pierre à l'entrée du tombeau et s'en alla..." Au plus, aidé par le seul Nico. Vraiment peu de monde. Que redoutent les "apôtres" ? la cérémonie a lieu en jardin privé, le sanhédrin a obtenu un "cadavre". Simple : ils attendent qu'on les siffle. Ou bien ils font leur boulot, écarter les curieux. Schonfield souligne à plusieurs reprises cette impression de complot qui règne à Jérusalem.
Note 5, suite du confusionisme : Paradoxe : des Juifs accusent Jésus et Pilate le défend. Peu après la cruci-fiction, Pilate massacre des Samaritains, des hérétiques et ces mêmes Juifs exigent son départ, Pour se rendre de Gaulilée à Jérusalem, le voyageurs choisissait entre la Samarie schismatique et la Jordanie païenne, (le Jeshouah passait sans problème, comme protégé de Pilate!). Donc des pèlerins qui avaient choisi le chemin court sont dévalisés par des Samaritains. Ils en appellent à Pilate, qui interprète "querelle de Juifs"; furieux, les plaignants se font justice. Apparence de révolte : Pilate intervient... Les historiens comptent 25 soulèvements en un siècle mais cette "révolte" en Samarie est la seule connue entre la "cruci-fiction" et l'assassinat de l'authentique frère de Jésus.. La méthode de culture imposait la jachère chaque quatre années. Au moyen-âge, ce repos du sol n'implique plus le chômage technique: "La terre arable entourait le village d'un cercle continue, divisé en trois "soles" ou "saisons" qui se remplaçaient l'une l'autre, chaque année, selon le rythme de l'assolement dit triennal... Dans les très vastes domaines du biennal, le terroir se partageait en deux zones seulement." Braudel, "L'identité de la France", page 122. Donc, (surtout en Galilée), un populo à ne rien faire durant un an, une occasion d'agitation.
Note 6 : la lance qui tue? qui tue pas? Chacun doit se forger une opinion défendable. Le coup de lance réel est parfaitement soutenable. Doit gagne la version qui cadre le mieux avec les petits détails rencontrés (pourquoi tenir les spectateurs à distance ? Pour qu'ils voient sans trop voir. Qui veut-on éloigner ? des représentants du sanhédrin, venus pour du sang. Comment expliquer la précipitation du soldat pour donner le "vinaigre"; curieux. Et la toilette funèbre...) Hypothèse défendable: le coup de lance est réel et superficiel : le peuple, dûment écarté, voit du sang. Un peu douloureux, le bistouri soudard, pas mortel. Danger, que le "cadavre" s'agite ! (J'ai vu un toro se relever et courir derrière les mules. Sifflets, "pitos", pour le piteux matador !). Alors une sniff de "vinaigre", lorsque le patient notifie un malaise. Les pièces cadrent. Proposition acceptable. Le soir tombe : comme aux élections, tous ont gagné : les deux larrons de la figuration aussi : leur affaire ne pressait pas mais, la semaine suivante, elle durait deux jours. Les fusillés pour l'exemple se retrouvent avec deux saints protecteurs. Remarque, sans importance : la lecture de Josèphe révèle tant de parallélismes avec Luc qu'elle risque de provoquer des "évacuations" en masse. Exemple, le texte inexplicable par un théologien sur ce roi qui part à l'étranger puis revient pour égorger ses ennemis... copie de Josèphe par saint Carabin. Schonfeld, retenant un épisode de la Guerre Juive, propose même de supprimer les deux larrons, qui seraient "invention" de Luc. Deux hypothèses valables pour ces figurants mais pas d'explosion. Dernier acte : le "crucifié", sanguinolent, livide, flasque, est traîné à la dernière demeure, sous le nez des contrôleurs du Temple. Convaincant comme une piéta florentine, "Christus satisfecit !". La galerie est satisfaite : allez souhaiter bonne Pâques à vos maîtres : enterré le "messie"; enfoiré le Romain. "Ite missa est !" (you mean, a mess ?). Maintenant, Nico, (un toubib ?), s'affaire dans la tombe-infirmerie. Dehors les femmes, (qui vous a sifflé pour une "toilette funèbre" ?) la liturgie commence : un être impur ne peut toucher le corps divin . Joseph, le vrai, l'arimathicien, part rassurer l'Occupant; enfarinés les rabbi-curés ! et pour des siècles. Incroyable, le Sanhédrin va sauver l'Opération Galilée ! Pilatus vincit ! Nous vous avons compris : "qu'est-ce que la Vérité ?" La Vérité se fabrique."Roma regnat !". Constantinus fera mieux, c'est une autre histoire. Elle ne concerne pas le mystère évangélique.Dommage que les dominicanos ou les jésuitas, ou n'importe quel besogneux de Saint-Office, n'aient vu cette pieuse analogie, cette touchante finale: après l'Opéra chez Hérode et le Théâtre bien poncé, la Passion-Corrida dans les arènes à Jojo, avec épines-banderillas, suertes de capa-chlamyde et de varas, estocada con pica; et final a portuguesa. Choqué? la pasiòn contient un morceau de corrida ", la "veronica". Et la tradiciòn exige la vie pour le toro bravo...